On ne dépose pas d’ornements sans casser des clous…
Face aux 2000 clous et aux 400 ornements de la Grande châsse de saint Maurice, le démontage de la châsse de Nantelme devait être à la portée de l’atelier de restauration. C’est évidemment un peu plus compliqué que cela car, contrairement à la Grande châsse, les clous ne sont pas en alliage d’argent, métal dont l’expérience a montré qu’ils étaient relativement faciles à extraire.
Sur la châsse de Nantelme, on dénombre environ 350 clous de plusieurs types et correspondant vraisemblablement à trois interventions sur le reliquaire. Les trois-quarts des clous, en cuivre argenté, correspondent à ceux d’origine et datent de la fabrication de la châsse. On trouve ensuite environ 80 clous en fer doté d’une grosse tête hémisphériques et provenant d’une modification du reliquaire ayant occasionné l’ajout de plaquettes émaillées sur les deux pignons. Puisque ces clous se retrouvent aussi préférentiellement sur la base des longs côtés du toit, il est tentant d’y voir un lien avec une modification du système d’ouverture et l’ajout d’un premier système de charnière. On peut encore rajouter une dizaine de petits clous en laiton et des plus gros en fer forgé disposés respectivement autour de la serrure et sur les charnières actuelles ce qui pourrait témoigner d’une ou de deux modifications plus récentes.

Pour revenir au démontage, il faut savoir que les clous en fer ont une fâcheuse tendance à corroder dans certains types de bois, renforcé en cela par le contact avec les plaques de cuivre. Puisque l’on travaille sur un objet d’une grande importance patrimoniale, il a tout de suite été exclu d’utiliser des produits pouvant faciliter le retrait des clous comme des anticorrosion ou des huiles. Ces produits se diffuseraient inévitablement dans le bois et produiraient à terme des risques pour la conservation du reliquaire en plus de former des tâches irréversibles dans le bois. Il était donc attendu que le retrait de ces 80 clous en fer allait poser des problèmes et ne serait malheureusement pas sans dommage pour les principaux concernés.
Pour l’extraction des clous, des pinces ont été modifiées pour épouser au mieux les profils des têtes et pour éviter de marquer les surfaces de la châsse. Durant le démontage de l’intégralité des ornements, ceci a bien fonctionné puisque nous n’avons constatés aucun dommage sur les plaques ornementales. Si le retrait des clous en cuivre argenté n’a pas posé de problème particulier, ce fût plus compliqué pour les clous en fer. Pour les extraire, cela a nécessité d’appliquer beaucoup de force. Cette opération a engendré des dégâts sur environ 1/3 des clous, qu’il s’agisse de déformation de la tête et/ou de son arrachement complet. Ceux qui le pourront seront restaurés et pour les autres, ils seront remplacés par des fac-similés pour conserver à minima les informations visuelles des modifications de la châsse de l’abbé Nantelme.


